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Historique de l'usine Logo GéGé

Fondation de l'entreprise

La Tour de l'Horloge, Moingt
▲ La Tour de l'Horloge
XIIIème siècle - Moingt

Germain Marius Giroud naît d'un père ébéniste le 21 avril 1911 à Moingt, vieux village à deux kilomètres de la cité de Montbrison dans la Loire. À 22 ans, il décide de fonder son entreprise : son premier atelier de tisserand est installé en face de sa maison natale, au pied d'une tour médiévale, dans lequel il fabrique son propre tissu et crée des poupées de salon.
Cependant il abandonne rapidement cette activité pour se lancer dans la fabrication de poupées-jouets.

Une poupée de salon
▲ Une poupée de salon

L'entreprise doit fermer en 1939, lorsque Germain Giroud est appelé sur le front italien. Il est démobilisé en 1941 mais les conditions sont difficiles : la pénurie de tissu l'oblige à fabriquer certaines parties d'habits en papier (chaussures, parements des robes...)

poupée dite de Guerre
▲ Poupée dite "de Guerre" - 1941

En 1942, il rencontre Juliette Odette Alice Nourrisson née à Moingt le 30 juillet 1922. Elle deviendra Madame Giroud le 13 août 1943 et sera la créatrice non seulement de toutes les poupées produites par la société mais aussi de leurs tenues. Germain lui donnera le diminutif de Yette.

Entre-temps, la marque GéGé a été déposée le 9 février 1943. Ce nom, « GéGé », provient du chiffre de son fondateur Germain Giroud : c'est la raison pour laquelle il s'écrit avec deux majuscules.

Les poupées

Première poupée GéGé
▲ Première poupée GéGé : bébé marcheur - 1938
Musée d"Allard - Montbrison

Les premières poupées à avoir été fabriquées marchent et sont de grande taille : elles mesurent jusqu'à 70 centimètres (voir photo ci-contre, à gauche).
Pour leur fabrication, sont utilisés comme matériaux :
- la matière moulée pour les bras, les jambes et la tête (les cheveux aussi sont moulés)
- le carton embouti pour le corps.

A noter que, pour les jambes des poupées, Germain Giroud se sert aussi des chutes de bois de son usine de fauteuils (Manufacture de Sièges G.G.) située à Montbrison.
GéGé n'utilisera jamais le celluloïd, jugeant cette matière trop inflammable. En revanche, la proximité de Lyon lui permet d'entretenir des relations privilégiées avec les usines Rhône-Poulenc. Très tôt, les têtes sont donc fabriquées en Rhodoïd, de l'acétate de cellulose, une matière plastique transparente et non combustible.

Les premières perruques en rayonne (voir photo ci-contre, à droite) font leur apparition en 1946, à la sortie de la guerre.
En 1948-49, Rhône-Poulenc sort une nouvelle matière plastique : le polystyrène. Il a malheureusement un inconvénient majeur pour les poupées : il est plus cassant que le Rhodoïd, ce qui se concrétise souvent par des doigts en moins !

Perruque en rayonne
▲ Perruque en rayonne
Bleuette GéGé
▲ Bleuette GéGé de 1958
(33 cm)

Les éditions Gautier-Languereau, connues pour leur magazine « La Semaine de Suzette » destiné aux petites filles des familles aisées, choisissent GéGé en 1958 pour élaborer leur nouvelle et dernière poupée Bleuette, la fameuse « Bleuette 58 », dont la vie sera éphémère.
A cette même période, l'invention du plastisol révolutionne l'industrie de la poupée. Il permet certes de donner de la souplesse au visage, mais surtout d'implanter des cheveux. Le plastisol est constitué de polychlorure de vinyle (PVC), il est mou : c'est la matière utilisée pour les jouets pouêts. Il n'est donc généralement pas utilisé sur le corps et les jambes des poupées censées tenir debout.
Enfin en 1960, arrive le polyéthylène  : c'est encore du vinyle mais plus rigide que le plastisol. Cette nouvelle matière plastique utilisée dans la fabrication des corps et membres de poupées présente l'avantage important de ne pas être fragile par rapport aux autres matières plastiques employées précédemment.

Les habits « Haute Couture »

Sabine, petite fille de France
▲ Sabine - 1957
Yeux riboulants - Parlante
Collection des Petites Filles de France
Présentée en tenue 1er Octobre

En 1955, GéGé crée une collection de poupées entièrement en Rhodoïd dans différentes tailles avec de superbes habits « Haute Couture ». Ce sera la collection des « Petites Filles de France ».
La création des habillages est assurée par Madame Giroud elle-même. Elle se rend régulièrement à Paris chez les plus grands couturiers pour s'inspirer des modèles en vogue.
Les finitions des vêtements sont remarquablement soignées et l'ensemble d'une grande qualité avec des doublures, de l'extra-fort pour renforcer les parties fragiles et des ourlets correctement rentrés. Les coutures sont rarement coupées tout à fait à ras, afin que les tissus résistent à la manipulation des mains malhabiles des enfants. Il est rare devant un morceau de vêtement GéGé, même non marqué, de se demander s'il a été produit en usine ou s'il a été fabriqué par une maman couturière. N'oublions pas que Germain Giroud avait commencé comme tisserand dans une région qui se réclame fièrement de ce patrimoine et que Juliette, connue pour son exigence, devait certainement veiller à la bonne exécution de ses modèles. Les toilettes méritent indéniablement l'appellation « Haute Couture », ainsi que le revendiquent les étiquettes cousues à l'intérieur des habits, les boîtes des poupées et bien évidemment les catalogues.

Timbre Poupée GéGé
◄ En 2009, la France édita un bloc feuillet sur le thème des poupées de collection.
GéGé est représenté par Sabine, d'après une photo prise au Musée d'Allard à Montbrison.
Ce musée expose de nombreux jouets GéGé.
Création en plein air
▲ Madame Giroud dessine des vêtements de poupées.
Découpage de matelas de tissus
▲ Découpage du tissu : Pour leur fabrication,
les vêtements sont découpés dans des matelas de tissus,
composés de plusieurs épaisseurs empilées les unes sur les autres.
Ainsi de nombreuses pièces identiques peuvent être obtenues en un minimum de temps.

Evolution de l'entreprise

Usine GéGé à Montbrison
▲ Usine GéGé à Montbrison - Années 60

À l’origine, cinq personnes fabriquaient des poupées de salon dans l'usine de Moingt. Par la suite, après Saint-Clément-d’Ambert, la firme essaime ses ateliers à Firminy et à Roche-la-Molière. Ces quatre petites villes sont toutes situées non loin de Saint-Étienne.
La réussite de la petite entreprise est exceptionnelle : 40 ouvriers en 1940, 100 en 1944, 800 en 1958. A partir des années 50, avec l’arrivée de la technique de l’injection des matières plastiques, GéGé diversifie son offre de jouets : dînettes, jouets mécaniques, modèles réduits, puis voitures électriques, petits trains, jeux scientifiques... Les poupées resteront cependant l'activité fondamentale de l'entreprise, très certainement grâce à Madame Giroud.

Vers la fin des années 50, « GéGé, Les Beaux Jouets de France », dont le siège social est maintenant à Montbrison, est la plus grande manufacture française de jouets. Une décennie plus tard, la société est à son apogée : mille salariés répartis sur les quatre usines et trois cents ouvrières et ouvriers à domicile. Les prisons de Lyon et Saint-Étienne participent aussi à la production. Près de 3000 poupées sortent chaque jour des ateliers. GéGé réalise dans sa totalité l'ensemble des étapes du processus de fabrication : conception, modelage, fabrication des moules, production, imprimerie, conditionnement, expédition... L'entreprise crée des bureaux à Paris, s’expose partout en Europe, à Brighton, Bruxelles, Göteborg et fréquente les foires internationales les plus prestigieuses : Lyon, Paris, et surtout Milan et Nüremberg, sans compter le Salon de l'Automobile, la Foire de Paris et le Salon de l'Enfance.

Extrait agenda GéGé
▲ Nüremberg (ex-R.F.A.) : Vitrine réalisée par les Etablissements Virnich
▲ Flamme postale datant des années 50 :
GéGé, Les Beaux Jouets de France
Atelier couture GéGé
L'une des trois chaînes de l'atelier de couture - Usine de Firminy
Atelier d'imprimerie GéGé
Atelier cartonnage - section imprimerie - Usine de Montbrison
Atelier d'imprimerie équipé de 3 machines offset 2 couleurs et qui assure les besoins des boîtes, coffrets, catalogues et dépliants.
Production journalière : 9 tonnes.

Prix et Oscars pour les poupées

Les établissements GéGé, et plus particulièrement Juliette Giroud pour la création de ses poupées, seront récompensés par la Coupe d'or du Bon Goût français le 4 décembre 1962. Cette coupe a été attribuée pour la première fois un an plus tôt au paquebot France.
GéGé sera ensuite primé de nombreuses fois dans les diverses branches de son activité. En ce qui concerne les poupées, Minichou, Philippe-température et Sylvia recevront le diplôme du « Meilleur jouet » respectivement en 1967, 1968 et 1972. GéGé remportera aussi à quatre reprises l'Oscar du Jouet : en 1965, pour le poupon animé Poucet, en 1966 pour la poupée marcheuse Blondinette, en 1969 pour Minouche qui chante et sait faire des marionnettes et en 1972 pour Christophe, bébé vivant qui pleure et tète en remuant les lèvres.
Mais l'une des plus grandes réussites de GéGé est sans doute Caroline, la poupée qui marche, chante et parle avec la voix contrefaite de Juliette Giroud. Baptisée en l'honneur de la Princesse Caroline de Monaco, elle lui vaudra la médaille d'argent du concours Lépine de 1968. Caroline se perfectionnera au cours des années et sera même capable d'envoyer des baisers. Au total, un million et demi de Caroline seront fabriquées.

Deux Minichou - GéGé

▲ Minichou ou Ptichou - Meilleur Jouet 1967
Jumeaux en tenue Page

Philippe Température - GéGé

▲ Philippe-température - Meilleur Jouet 1968

Sylvia - GéGé

▲ Sylvia - Meilleur Jouet 1972
« A l'appel de son prénom elle vient,
seule, dans vos bras »

Poucet - GéGé

▲ Poucet - Oscar du Jouet 1965

Blondinette - GéGé

▲ Blondinette - Oscar du Jouet 1966
« Avance pas à pas, tourne à gauche, à droite,
fait la ronde ou marche à reculons »

Minouche - GéGé

▲ Minouche - Oscar du jouet 1969
« Chante et sait faire les marionnettes »

Christophe - GéGé

▲ Christophe - Oscar du jouet 1972
« Pleure, remue les lèvres et boit son biberon...
comme un vrai bébé »

Caroline - version 1968
« La plus grande, la plus adorable, la mieux habillée des poupées parlantes-marcheuses »
Elle possède un seul disque qui déclame:
"Je m'appelle Caroline. Regardez comme je marche bien,je sais aussi chanter !! Au clair de la lune..."

Mme Giroud reçoit le diplôme du Meilleur Jouet 1972 pour Sylvia

►Remise du diplôme MEILLEUR JOUET 72
à Madame Juliette Giroud pour Sylvia

Un géant foudroyé

Catalogue Soclaine de 1989

L'aventure au pays des jouets trouve son épilogue en mars 1978.
La concurrence de la production asiatique ajoutée à l'augmentation des prix des matières premières due aux chocs pétroliers engendrent des difficultés économiques qui précipitent la chute des grandes entreprises françaises de poupées. Germain Giroud refusant de délocaliser, la faillite devient inévitable. L'usine fonctionnera jusqu'en 1979, date du dépôt de bilan de ce fleuron de l'industrie française du jouet.
En 1988, la société Soclaine, spécialiste en maquettes navales, tentera une reprise de la marque pour une production composée de poupées et de jeux éducatifs, mais devra renoncer au début des années 2000.

Il n'existe pas d'archives connues de la compagnie.

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